• Aliaé

"Accepte et ose parler français !" Transcription E10 Moi-même en français avec Silvia de ProfeOle

A : Bonjour à toi ami·e non francophone et bienvenue dans le premier épisode de « trucs et astuces ». Dans cette section de mon podcast Moi-même en Français, je te propose d'écouter les conseils d'un ou une experte pour t'aider dans ton apprentissage du français pour être et devenir toi en français, même si ce n'est pas ta langue maternelle.

Bonjour Silvia !

S : Bonjour à tous ! Comment ça va ?

A : Ca va très bien, je suis très contente de t'inviter ce matin.

Silvia, tu es espagnole, hispanophone, non-francophone dans le sens où le français n’est pas ta langue maternelle…mais aujourd’hui tu vis en France, en français parce que ça fait plus de 10 ans que t’es expatriée ! Rien que pour ça tu m’intéresses déjà énormément…mais si je t’ai invitée aujourd’hui c’est aussi pour ton regard sur la langue française, plus généralement sur l’apprentissage d’une langue étrangère puisque tu enseignes l’espagnol à travers ton accompagnement et ta méthode ProfeOle.

Bref, une Espagnole qui a appris le français par amour, vit en France et enseigne sa propre langue – à part que j’ai l’impression de me regarder dans un miroir, j’avais très envie qu’on discute pour que tu partages ton expérience et tes conseils !

Merci d'être là

S : Je suis ravie, merci à toi de m'avoir invitée. Eh oui, j'ai ma vie assez française depuis un moment. Je suis avec un Français, mes filles sont nées en France. Epanouie en français tous les jours. Une petite expérience, sur cette vie bilingue.

A : Je crois que si aujourd'hui tu es vraiment épanouie dans cette vie française, ça n'a pas toujours été le cas. Dans un de tes podcasts, de tes newsletters orales, tu racontes justement que au début ça été quand même difficile pour toi de vivre en France en français et que, une des plus grandes difficultés c'était de pas pouvoir démontrer QUI tu étais dans cette langue à cause de la barrière de la langue.

S : oui, je parle surtout, pas forcément "dur" ou "souffrance" le mot c'est frustration. Moi je suis quelqu’un dans ma langue maternelle espagnole, j'ai eu des facilités de communication, j'ai pas de problème à prendre la parole en public, à défendre mon opinion, j'adore communiquer, parler. Alors arriver en France et ne pas avoir les outils pour pouvoir le faire de la même façon en français et pas pouvoir montrer ce que je pense ou l'argumenter avec autant de détails que je pouvais en espagnol, au début ça m'a frustrée. Et justement la façon d'arriver à surmonter ça, c'est UN accepter que parler comme un natif, m'exprimer exactement pareil qu'en espagnol ma langue maternelle, c’était pas possible. Mais que si ça existe, c'est possible d'être « toi-même » entre guillemets, pouvoir t'exprimer, pouvoir avoir un discours assez structuré mais avec une langue étrangère. Ça veut dire quoi ? Pour les personnes qui sont en train de m'écouter, c'est évident. Je m'exprime avec des structures grammaticales pas toujours top, avec un accent loin d'être comme un Français mais bon j'ai trouvé mon équilibre qui me permet de m’exprimer, ne pas être frustrée, d'être épanouie... Tu es pas française, arrête de vouloir parler comme un Français, ça te frustre ça arrive à rien, sois toi-même, finalement c'est mon charme cet accent et puis voilà. Accepte ça, je dis beaucoup à mes élèves, qui sont des français qui apprennent l'espagnol, la vie elle est plus belle ! Tout simplement !

A : 04:55 Clairement ! Est-ce qu'il y a eu un moment, une sorte de révélation peut-être ? A un moment où tu t'es dit « nan là j'arrête » ? Est-ce qu'il y a eu une prise de conscience particulière ? Ou c'est venu progressivement ?

S : Une chose qui m'a aidée beaucoup à mon apprentissage du français, c'est justement apprendre l'espagnol à des étrangers. Parce que finalement je me voyais reflétée dans mes élèves. Alors moi je donnais des conseils à mes élèves et finalement je me suis dit « arrête Silvia, il faut te l'appliquer parce que tu es en train de lui dire "mais essaye, c'est pas grave, peu importe" et finalement toi ? Et c'est au moment que j'ai dit, « tu vas arrêter de donner les conseils, tu vas les faire ». Et à partir de là, j'ai même pas eu besoin de les donner à mes élèves parce qu'ils voyaient que c’était ça la seule façon d'intégrer une langue. Parce qu'une langue c'est pas l'apprendre, la langue tu peux l'apprendre avec un livre. Une langue c'est l'intégrer, la parler, la pratiquer. A mon avis, il faut apprendre une langue, n'a pas de « sens » entre guillemet. Une langue que tu intègres pas, que tu pratiques pas, ça sert à rien.

A : tu as parlé de l'acceptation, d'accepter son accent, ses erreurs. T'as d'autres conseils que tu donnes à tes élèves, et que tu t'appliques (parce que tu réussis à appliquer tes conseils, bravo !)

S : 07 :00 J'essaye ! C’est beaucoup lié à ça. C'est dire au revoir au perfectionnisme. Je dirais si c'est possible dans tous les domaines de la vie. Le perfectionnisme n'existe pas, il est là que pour nous déranger, nous faire la morale, nous pourrir la vie tout simplement. On doit essayer d'être la meilleure version de nous-même, oui… ça veut pas dire être conformiste, pas vouloir évoluer, progresser, non mais la perfection peu importe dans quel domaine, c'est qu'un frein ! Il faut dire que normalement, derrière une personne perfectionniste se cache beaucoup de peurs. Parfois on pense il est perfectionniste c'est une qualité, pas du tout ! Etre perfectionniste surtout à l'extrême, c'est quelqu’un qui est pas sûr de lui-même, qui a peur de se tromper, du jugement des autres. C'est normal hein… la société nous a éduqués comme ça, l'école nous a élevés comme ça. Au niveau scolaire, laisse tomber, c'est comme ça, ou en tous cas c’était comme ça j'ai l'espoir que les choses changent mais on a été élevés beaucoup au niveau académique et familial "ça c'est bien, ça c'est pas bien" alors ça, ça rentre la sensation quand on était dans le banc de l'école et le professeur nous posait une question, cette boule au ventre, la sueur dans les mains, ça c'est resté dans notre tête à l'âge adulte quand on décide pour x raisons, apprendre une langue étrangère, ça revient dans notre subconscient sans le vouloir. Maintenant y'a plus de pression, y’a pas forcément une note. La réussite c'est le fait de vouloir essayer. Essayer de sortir de sa zone de confort. Ce sont des mots qui sont à la mode…

A : 09:15 ce que j'aime dans l'image de la zone de confort, j'ai tendance à dire que c'est pas vraiment tant de sortir de sa zone de confort, que d’élargir cette zone où on se sent bien. Et pour élargir cette zone, il faut accepter que ça va prendre du temps, qu'on va pas se pousser en dehors, non il faut partir de ce qu'on est et élargir autour de ce qu'on est pour se sentir bien presque à tous les moments, parce qu'on accepte d'être comme on est, d'avoir des erreurs, de ne pas être parfait comme tu disais.

S : Et justement par rapport à ça. On parle de la zone de confort, nanana...ça peut paraitre des phrases typiques mais finalement ce qui fait la différence, c’est peu importe ce que tu vas faire, sortir, élargir, rester, ça doit venir de toi. Quand je veux faire quelque chose, c'est parce que à moi ça me tient à cœur, que pour moi il y a du sens. Peu importe si les autres le font ou pas, si c'est à la mode ou pas, pour mon âge ou pas…toutes ces étiquettes, c'est des lignes que les autre nous ont posées. Il faut se dire « Vraiment pour toi, il y a du sens faire ça ici maintenant ? Oui. Cherche la façon de le faire, cherche la personne qui va t'accompagner. »

Du moment qu’on fait les choses « Parce qu'il faut le faire, que tout le monde fait, que je suis obligée », je dis pas qu'on y arrivera pas mais le chemin sera moins agréable.

A : Exactement. Et le plaisir qu'on peut ressentir à apprendre de nouvelles choses, bah c'est quand même fondamental pour réussir à apprendre et comme tu dis être capable d'intégrer la nouvelle langue pour pouvoir la pratiquer, mobiliser, quand on va en avoir besoin, pour l'objectif qu'on s'est fixé, son objectif personnel.

S : Oui tout à fait.

A : Tu as des conseils particuliers pour les hispanophones qui vivent en France ou dans un pays francophone ?

S : Linguistiquement ?

A : Linguistiquement, t'avais fait un épisode de podcast qui m'avait beaucoup plu, très rigolo sur les mots français qui ont été intégrés directement dans la langue espagnole comme "chapeau" qu'on prononce à l'espagnole "chapo", j'adore ! Le mot souvenir…

S : « voilà » aussi avec un [b] "buala"!

A : 12:43 c'est des petites choses que je peux reprendre pour rassurer aussi et montrer qu'on connait déjà du vocabulaire avec des élèves hispanophones "bah voilà vous connaissez déjà du vocabulaire français !" toi tu dis dans l'autre sens en disant aux Francais, "allez c'est bon, vous inquiétez pas, y'a déjà des mots français en espagnol". Est-ce que t'as d'autres choses que t'as pu remarquer qui peuvent aider pour apprendre l'autre langue que ce soit l'espagnol ou le français ?

13:18 S : une chose au niveau global, pas forcément un mot, une structure de phrase, un verbe ou la prononciation. La prononciation d'un hispanophone qui parle français, c'est pas toujours évident. Au delà de ça, c'est quand on connaît un peu plus, soit parce qu'on habite, soit parce qu'on nous l'explique, soit à partir des livres, films, documentaires, de l'histoire… Quand on connait un peu l'histoire et la culture du pays, on comprend mieux comme ça fonctionne la langue. Il y a un exemple tout bête. Les Espagnols en général (je vais tomber dans les clichés, mais on va dire un fonctionnement global)…on a une communication plus directe. Les Espagnols on est plus directs.

C'est des structures de phrase plus simples mais plus directes, par contre la subtilité de l'espagnol, elle est dans le choix de quel temps verbal utiliser. On a beaucoup de subjonctif, de passé du subjonctif, qu'en français il y a pas autant dans la vie courante, dans un langage relativement familier, informel. Si on voit les Espagnols, on est directs, mais après on est subtils, joueurs, malins c'est là que ça rentre le temps verbal. Si on connait la culture française, il y a un côté plus protocole, plus « on fait les choses comme il faut faire », alors c'est pour ça que rentrent les structures, les paraphrases, une phrase en espagnol qui sera 3 mots, en français, il y aura une phrase avec un conditionnel, un mot avec une formule pour pas vexer, que soit pas direct. C'est très bien, c'est la façon de faire du pays. On va avec des pincettes on va dire...

A : Très belle expression !15:19

S : On le voit dans les structures d'une phrase on le voit au niveau linguistique, c’est hallucinant. Le vouvoiement par exemple. En Espagne, d'une façon, en français d'une autre. Même en espagnol, le vouvoiement ça change beaucoup en fonction de la région. De façon générale, en espagnol, c'est plutôt comme on dit les choses que ce qu'on dit. C’es plus important l'intonation, sourire ou pas, qu'on met dans ses phrases, que la phrase en elle-même. C’est pour ça qu’on peut se permettre des phrases très directes, avec un sourire ça passe. Par contre en français, c'est important ce qu'on dit, alors on doit choisir les mots qu'il faut. Sinon ça peut se prendre mal.

Il faut se dire par contre, qu'à partir du moment où on est étranger, qu'on a un accent, peu importe si c'est un Espagnol qui parle français ou un Français qui parle espagnol, normalement on a un peu de la marge de l'erreur, les gens comprennent que c’est pas un manque de politesse, qu'on veut vexer quelqu’un ils voient qu'on maîtrise pas forcément la langue. Ça m'est arrivé à moi, surtout au début, de tutoyer presque tout le monde. Tout de suite être à l'aise, par rapport au protocole français, et personne m'a fait sentir mal pour ça. Ils ont compris que c’était pas que je voulais vexer, que j’étais trop à l'aise, mais que c'était comme ça. Vous inquiétez pas, en tant qu'être qui parle une nouvelle langue, y’a un gros pourcentage de personnes qui sont plutôt compréhensives.

A 17:35 Pour une fois, l'accent qu'on peut avoir, il nous aide et ça permet à notre interlocuteur, interlocutrice qu'on va peut-être pas maîtriser toutes les subtilités et pour une fois, l'accent que beaucoup de personnes veulent diminuer, il aide aussi à faire accepter à ses interlocuteurs, qu'on est, vient d'une autre culture. C'est une marque de sa culture.

Est-ce que pour intégrer la culture française, tu disais "faut connaitre la culture française" toi ça fait plus de 10 ans que tu vis en France, au début, t'as fait des choses particulières pour intégrer la culture française ?

S : Je suis tombée amoureuse d'un Français.

A : Je sais pas si c'est un conseil qu'on peut donner à tout le monde. C'est ça le problème !

S : Disons que moi j'ai plongé direct dans la culture française... C'est vrai que pour moi, ça a été assez facile, déjà je suis arrivée en France parce que j'ai voulu. Je suis tombée amoureuse mais j'aurais pu rester chez moi. Déjà quand on va dans un pays parce qu'on le veut, pas parce que quelqu’un nous l'impose, c’est pas pareil, ça n’a rien à voir, c'est UN. DEUX, je suis pas venue dans le cadre d'un Erasmus, rien de tout ça, du coup je me suis pas trouvée entourée des autres Espagnols, ils étaient tous à Paris, à Lyon. Moi la première ville où je suis arrivée, c'était Bourg en Bresse, dans le 01 ! Alors pour vous dire, Espagnols y'a pas beaucoup ! Après j'ai vécu plus au sud, à Bordeaux, Castres et là on est proche de la frontière et là j’ai rencontré des personnes "ah je vais beaucoup en Espagne", "j'ai ma grand-mère", "j'ai étudié »…

A : Il y a une perméabilité des deux cultures…

S : Oui c'est logique, au niveau géographique. C'est à toi de parler français, c'est à toi de manger à 19h30. Et moi ça, je l'ai pas vécu comme une frustration. Je suis là. Chez moi je peux faire comme je veux. Je suis dans un autre pays, j'ai fait le choix de venir dans un autre pays. Regarder, m'adapter, essayer un peu de faire comme les autres.

20:37 A : j'aime beaucoup cette idée, de regarder, d'observer. C’est un conseil que je donne beaucoup. La chance d'être en immersion c’est de pouvoir regarder, observer, et comme tu dis faire comme les autres, imiter c'est aussi comme ça qu'on intègre la culture, la façon de parler, de bouger, de s'exprimer.

S : bien sûr quand je parle de "faire comme les autres" je parle dans des gestes au niveau culturel, protocoles. Si c'est quelque chose qui choque par rapport à tes valeurs, qui n’est pas du tout aligné non… ! C'est pas question de s'annuler nous-mêmes comme personne, mais finalement, je sais pas… si dans une boutique, il faut dire mille fois "au revoir bonne journée", on le fait, on le met et puis voilà, ça dérange pas !

A : Bien sûr. Et parfois on trouve des stratégies pour faire un compromis entre ce qu'on observe et ce qu'on va imiter, et rester vraiment cohérent avec nous-même. Depuis tout à l'heure, j'ai un exemple en tête, par rapport à la politesse, au protocole, c'est vrai que c’est quelque chose qui me manque en Espagne. Quand je rentre dans un magasin, j'ai besoin de dire des « bonjour », « bonne journée » quand je m'en vais etc. Bon bah j'ai trouvé des stratégies pour quand même glisser un conditionnel ou l'équivalent du « je voudrais » en français, je réussis à le glisser et puis comme j'habite à valence, je dis un "bon dia" à la fin parce que à Valence ça passe et moi ça me permet de souhaiter la bonne journée à la personne avec qui je viens de parler. Et là, je reste vraiment cohérente avec ma façon d'être mais tout en intégrant la culture de l'autre.

S: 22:37 C'est curieux, en Espagne par exemple, pour dire au revoir on dit "adios" pas besoin de souhaiter plus, ni rien. Mais après tu peux te retrouver en train de raconter ta vie ou que le boulanger te raconte sa vie, alors que tu es allée que acheter une baguette. Mais en Espagne, on peut finir avec des conversations très personnelles mais dans un commerce. Je parle pas autant peut-être des commerces de grandes surfaces parce que, bien sûr, le contact c'est pas le même. Mais si je parle des petites boucheries, la boulangerie, la petite épicerie du coin. On va parler de quelqu’un de ta famille. "Mais tu le connais plus que ça ? Non" Comme je dis, en espagnol on est plus direct, on part avec un "au revoir" et puis voilà.

A : 23:35 tu l'as remarqué...? une vraie différence en France sur ce contact avec les personnes ? D'aller plus loin, des détails plus personnels…

S : Oui pour moi, c'était compliqué chez les Français à aller au-delà du dialogue de la politesse, du côté aimable, le côté accueillant. J'ai été super bien accueillie, toujours, mais aller au-delà, c'est pas toujours évident. Je m'ai trouvé à travailler avec des personnes, pendant des années et rien, rien, rien savoir de sa vie perso. En même temps, on pourrait me dire "c'est pas tes oignons" oui ça m'empêchait pas de dormir la nuit. En Espagne, j’étais prof d'école, je changeais d'école chaque année. Et moi j'ai gardé des amitiés que je parle encore aujourd'hui, 15 ans plus tard parce que on a partagé une année scolaire, on se voyait dans la salle des profs, on se parlait de tout et de rien… Dans le contexte français, je savais rien. C’est pas grave mais en Espagne ça c'est rare.

25:09 A: C'est pas grave comme tu dis, parce que il y a eu certaines personnes avec lesquelles t'as réussi quand même à avoir un contact agréable maintenu sur la durée, qui t'ont permis d'avoir des amitiés en France en français.

S : Et parce que j'ai compris que cette personne elle s'ouvrait pas plus, pas parce que c’était moi, quelque chose contre moi, c’était que pour elle, le travail c'est le travail, et pour x raison, elle avait pas envie de s'ouvrir. En Espagne, il y a une connotation négative mais en France pas forcément. Et c'est là qu'on comprend que les cultures sont pas pareilles et il faut pas se prendre les choses personnelles. C'est aussi un travail, c'est pas toujours évident.

A : oui, c'est un travail d'acceptation de l'autre à ce moment-là. On a beaucoup parlé de l'acceptation de soi, de ses erreurs, de ses difficultés, mais c'est aussi un travail d'acceptation de l'autre, d’accepter que l'autre n'est pas comme nous.

S : Et en mm tps, je te parlais que j'ai travaillé en tant que prof en Espagne et en France, je peux mettre l'exemple d'une salle des prof avec tes collègues de travail.. En Espagne, quand on était en train de parler, on pouvait se permettre de poser certaines questions "tu es en couple ?", assez rapidement…c'est pas impoli, c’est pas indiscret, c’est pas quelque chose qu'on prend mal. Moi j'ai compris qu'en France, les codes fait que ces questions on les pose pas tout de suite. Et même moi, je peux oser aller un peu plus loin. Bien sûr c'est normal "qu'est-ce qu'elle fait une Espagnole en France ?" c'est typique, cette question on me la pose assez rapidement : "Qu'est-ce que tu fais en France ? pourquoi tu es là ?" moi j'explique, "parce que j'ai rencontré un Français, nanana ». Vu que moi j'ai déjà exposé une partie de ma vie, moi ça me gênais zéro, ça me donnait le permis de pouvoir dire "et toi ?" j'ai toujours eu le bonus de pouvoir poser la question parce qu'avant on m'a posé la question après c'est pas le prendre mal. Mais même moi, en tant qu'espagnole, il y a des questions que je pose pas parce qu’ici c'est vu comme peut-être être trop curieuse, trop commère. Mais en espagnol, c’est pas ça, c’est s'inquiéter pour les autres, on pose des questions « comment ça va » si quelqu’un passe un mauvais moment, tout le monde va lui poser des questions, c'est pas un sujet "oooh, il est mal machin…" (en baissant la voix), non non « comment ça va ? « comment tu vas ? ». On a une façon de différente de prendre les choses. C'est pas forcément mieux, c'est différent.

A : et encore une fois, c'est parce que tu l'as observé, t'as été dans l'observation de comment on le faisait en France et c'est ça qui t'a permis de t'adapter et trouver la façon d'être toi quand même, trouver la stratégie de poser la question au bon moment, en ayant une relation agréable et acceptable dans les règles, codes des 2 cultures.28:49

S : mais tu sais, maintenant qu'on parle, parce que finalement on parle de France et Espagne, mais moi j'ai vécu dans différents coins de France, j'ai vu que c'était pas partout pareil.

A : Bien sûr !

S : comme toi tu dis à Valence, mais si on compare Valence avec Extremadura ou Galicia, je dis pas que c'est rien à voir, y'a des codes différents. Parce que moi je me suis rendu compte qu’en France ça dépendait dans quelle région j'étais, y'a des choses qui s'approchaient ou s'éloignaient un peu plus de ma culture.

A : tout simplement, sans que ce soit proche de ta culture, simplement proche de toi, parce qu'on est évidemment le produit de notre culture, on s'en éloigne à certains moments et donc on va retrouver des choses qui nous plaisent dans d'autres cultures parce que ça nous correspond plus, ça correspond à nos valeurs, alors que celles de notre culture correspondent un peu moins.

S : tout à fait d’accord 29:51

A : Bon, un mot de la fin ? Est-ce que t'as un dernier conseil, un dernier truc, une dernière astuce ?

S : Je vais finir avec une phrase que j'adore, c'est un peu mon mantra comme ça, ça va résumer ce côté « il faut aller, c'est pas grave, oubliez le perfectionnisme ». En espagnol, c'est "mejor hecho que perfecto" et en français, ça tombe très bien parce qu'on peut faire un jeu de mots très sympa "mieux fait, que pas fait" on peut jouer entre « pas fait » et « parfait » alors « mieux fait que paRfait »...

Osez faire les choses, le résultat c'est pas ça qui vous décrit, ce qui vous décrit c'est la capacité d'avoir essayé de le faire.

A : Waouh, merci beaucoup Silvia. C'était un plaisir de t'écouter, d'écouter ton expérience, tous tes conseils. Je rappelle qu'on peut aussi t'écouter en espagnol. Merci d'avoir parlé en français pour nous aujourd'hui !

S : Je dois dire à ma décharge que je prononce beaucoup mieux l'espagnol 31:06

A : Alors comment on fait pour t'écouter en espagnol ?

S : Pour m'écouter, vous pouvez aller à Instagram ProfeOle, sur facebook ProfeOle, ou sinon sur mon site web www.Profeole.com.

A: Et on peut s'inscrire à ta newsletter.

S: Oui, j'ai une newsletter, j'ai des publications régulières, j'ai des programmes pour accompagner surtout les expatriés français ou les personnes avec un projet d'expatriation en espagnol, tout ça tout ça...

A : Super, voilà comment on peut retrouver Silvia de Profeole. Merci encore d'avoir été avec nous ce matin ! 31:54

S : Merci à toi !

A : Ami·e non-francophone, merci et bravo d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. Je te rappelle que la transcription de cette conversation est disponible sur le blog du site www.aliaé.fr.

J’espère que ce nouvel épisode t’aura aidé·e et que c’est un pas de plus pour être toi-même en français !

A la prochaine !

S : Au revoir !


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