• Aliaé

L'écriture inclusive, oui mais comment ? Mes choix, ma bataille (partie 1)

Quand j’ai commencé à enseigner le français comme une langue étrangère, j’étais déjà féministe. Une féministe et une prof consciente du pouvoir de la langue dans notre société, désireuse de partager le « pouvoir du parler français » avec les non-francophones* pour favoriser leur intégration et leur bien-être en France.

Dans notre pays et notre culture, la maîtrise de la langue est fondamentale tant pour les non-francophones que pour les francophones*. Est-ce légitime, juste, ou faut-il le déplorer ? C’est un vaste débat que j’adore mener mais que je n’explorerai pas dans cet article.


Le fait est que la connaissance et le respect des règles sont importants aux yeux des francophones en France et que je me sens le devoir de les transmettre correctement pour que les non-francophones réussissent le mieux possible dans leur pays de résidence.


En tant que féministe, la formulation des règles d’accord du type « le masculin l’emporte sur le féminin » (en français par exemple, la règle veut qu’on dise et écrive : Isabelle, Florence et Jean sont intelligents – l’adjectif intelligents ne porte pas la marque du féminin du fait qu’un seul des éléments du groupe est de genre masculin) m’écorche autant les yeux que les oreilles, tant j’y vois le résultat de siècles de domination patriarcale, un processus d’effacement des femmes menant à leur invisibilisation.


Tout en moi se révolte…en plus d’en avoir souffert comme écolière, d’en souffrir comme citoyenne, il faudrait en plus que j’en souffre comme prof en l’enseignant ?! Ma réponse à cette question est « oui… et non ».


Aujourd’hui, j’enseigne la règle (sans utiliser la formulation abhorrée « le masculin l’emporte… » !) pour que mes élèves la connaissent et ne soient pas pénalisé·es dans leur vie quotidienne et professionnelle. Mais l’explication de cette règle fait souvent l’objet d’une réflexion interculturelle entre nous : nous comparons les mécanismes de nos langues maternelles respectives, essayons de voir en quoi les différences ou similitudes reflètent des traits culturels différents, tentons d’en voir l’impact sur la société (c’est tout bonnement passionnant…). Et nous échangeons les propositions et solutions innovantes visant à visibiliser les femmes…

Et là, bien souvent, la notion de langue inclusive fait son apparition !


Mais qu’est-ce que la langue inclusive en français ?


Comme le formule simplement et parfaitement (c’est mon opinion), Isabelle Meurville fondatrice de Translature, traductrice, formatrice et autrice du podcast « Ecrire sans Exclure » :


« Par français inclusif, j’entends essentiellement Nommer les femmes au féminin. On l’appelle aussi écriture inclusive, rédaction épicène ou non sexiste. »


Isabelle Meurville, linguiste féministe, experte et sauteuse d’embûches jetées sur son chemin par les pourfendeurs masculinistes (ça c’est moi qui le dis) de l’écriture inclusive et défenseurs de la soi-disant pureté de la langue française (en réalité masculinisée intentionnellement au fil des siècles), s’attelle, dans l’exercice de sa profession et au-delà, à transmettre les outils linguistiques permettant de construire une communication inclusive, juste et porteuse d’égalité.



Pour cela, elle a notamment créé des exercices de réflexion et d’entraînement « Ecrire sans Exclure » qui amènent à réfléchir, tester et découvrir les différents outils inclusifs

à partir de textes rédigés au masculin.


J’ai eu la chance de pouvoir agiter mes neurones sur trois de ces exercices.

Mon objectif : connaître toute la palette des « trucs et astuces » pour visibiliser les femmes dans ma communication.

Car, si je sais comment transmettre les règles de grammaire et le vocabulaire à mes élèves de façon à accorder au féminin une place égale au masculin, je me rendais bien compte qu’écrire sans exclure me compliquait la tâche dans ma communication professionnelle et que je ne savais pas toujours bien le faire (beaucoup de points médian, des lourdeurs d’expression, des répétitions etc.). Or je suis souvent confrontée au choix de l’inclusivité, dans mes publications sur les réseaux sociaux, mes articles de blog, ou encore dans mon podcast où la question de l’oralité s’ajoute.

Pour moi, il s’agit effectivement d’un choix, conscient, assumé et proclamé pour que les femmes lisent et entendent mon message, en se sentant incluses et comprises. C’est aussi ma petite contribution de colibri à la cause de l’égalité, en portant ma voix inclusive dans le langage humain.

C’est donc avec ardeur que j’ai entrepris d’acérer ma plume et ma langue au travers des exercices « Ecrire sans Exclure » proposés par Isabelle Meurville.


En préambule, on y lit quelques principes comme :

- « la rédaction inclusive veille à nommer les femmes au féminin, individuellement et en groupes mixtes » ;

- « la rédaction inclusive, épicène ou non sexiste veille à nommer les personnes destinataires d’un message avec suffisamment de précision pour qu’elles se sentent concernées » ;

- « Le français inclusif ne cherche pas à exclure les hommes, mais à respecter tout le monde ».


Nous sommes d’accord, je retrousse mes manches et m'attaque à l'exercice.


L’exercice consiste à d’abord identifier et surligner tous les termes masculins (se référant à l’humain – noms, verbes, adjectifs, pronoms etc.) puis à trouver des nouvelles formulations pour que le texte s’adresse également aux femmes.


Rien que la première étape de cet exercice est édifiante et riche d’enseignements sur notre langue (et notre société). Je vous livre ici le fruit de mes réflexions.


1/ Le nombre d’occurrences masculines était simplement impressionnant. Je n’arrêtais pas de surligner…et me désespérer devant l’ampleur de la tâche à venir : toutes les reformulations qui allaient être nécessaires pour inclure les femmes dans le message… ! Je l’avoue, la paresse n’était pas loin de pointer le bout de son nez (surtout un dimanche après-midi…heureusement qu’il pleuvait !). J’ai encore mieux compris pourquoi la société restait engluée dans ses messages excluants, il est tellement plus facile de ne pas réfléchir et ne rien changer…


2/ En plus de tous les noms désignant explicitement un humain (le client, le médecin, le collaborateur), ce sont tous les autres mots se référant à cet humain qui vont être impactés par le choix du masculin.

Exemple : « Un client peut être considéré comme satisfait dès lors que vous répondez à ses besoins. Il sera d’autant plus satisfait… »

Les adjectifs (satisfait), pronoms sujet (il) ou objet (le, lui, leur – non présent ici) s’alignent sur le nom masculin.

Ce sont autant d’occurrences qui martèlent l’hégémonie du masculin sur le cerveau. Au passage, cela rend la tâche de reformulation inclusive encore plus difficile (ô paresse !).


3/ Les anglicismes représentent un danger ou un allié selon les cas.

Exemples :

- un danger quand les termes de « client relation », « customer service », « consumer satisfaction » sont intégrés tels quels en français « relation client », « service client », « satisfaction client ». En anglais, la langue ne désigne pas différemment un « client » homme ou femme, en français oui, on dit un client et une cliente. Adopter les termes anglais sans réfléchir nuit donc à la représentation des femmes dans la clientèle générale (et dans la société).


- le mot « manager » peut être considéré « épicène » (désignant le féminin ou le masculin) vu qu’il est importé de l’anglais et peut donc être utilisé pour désigner le statut, femmes et hommes inclus. Je nuancerais tout de même car oralement, cela rappelle la terminaison masculine « -eur » en français (comme dans « chanteur » ou « meneur ») à laquelle correspondent des terminaisons féminines « -euse », « -rice », « -resse » (chanteuse, meneuse, vainqueresse). Donc les francophones peuvent très bien entendre « manageur » au masculin, et d’ailleurs, on entend parfois le terme « manageuse » quand on veut nommer une femme.


4/ la reformulation inclusive permet d’éviter les redondances en cherchant des synonymes épicènes ou des termes génériques ou simplement en omettant le mot lorsque cela est possible. Or le français et les francophones ont horreur des répétitions, la langue inclusive est donc l’opportunité de considérablement améliorer son style !


Cependant, je ne vais pas vous le cacher, après ces premières réflexions, la tâche de rendre le texte inclusif ne m’en paraissait pas moins ardue et j’ai beaucoup eu recours au point médian…réflexe facile mais qui alourdit parfois le texte et rend la lecture encore plus difficile à certaines personnes (dyslexiques, analphabètes etc.).

Heureusement, de nombreux outils peuvent être mobilisés et j’ai appris à éviter le point médian grâce aux exercices "Ecrire sans Exclure".

Vous voulez savoir ceux que j’ai choisis ? Dans un article à paraître très prochainement, je vous parlerai des outils que je retiens et que je choisis de mettre en place dans ma communication, et surtout pourquoi je fais ces choix.


Pour être au courant de sa sortie, abonne-toi à mon blog (en plus tu recevras ma newsletter la Lettre du Moi(s) ainsi que la carte mentale cadeau, c’est-à-dire l’accès à toutes les ressources pour apprendre et pratiquer ton français en autonomie !).


En attendant, tu peux exercer ton œil inclusif et chercher comment j’ai écrit cet article de manière inclusive ;-)



* Les définitions de francophone/non-francophone varient selon les dictionnaires et les écoles de pensée. Très tôt, j’ai choisi d’utiliser le mot de non-francophone pour désigner les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle. Cela a le mérite de ne pas catégoriser selon la nationalité ou le caractère étranger (par rapport à qui, à quoi, quel territoire ?)…et de me faciliter ma communication ;-)

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