• Aliaé

L'écriture inclusive, oui mais comment ? Mes choix, ma bataille (partie 2)

Dans l’article précédent (voir L'écriture inclusive, oui mais comment ? Mes choix, ma bataille - partie 1), vous avez compris qu’il est important (essentiel, fondamental, vital !) pour moi de parler une langue inclusive et d’en transmettre les « trucs et astuces ».

Grâce aux exercices « Ecrire sans Exclure » d’Isabelle Meurville, j’ai pu enrichir ma palette d’outils inclusifs et me positionner dans mes choix.

Quels sont ceux que je privilégie et pourquoi ?



Je vous livre donc maintenant le résultat de cette réflexion. Il ne s’agit pas de vous transmettre tous les outils de cette pratique ni toute la richesse proposée par Isabelle Meurville, mais simplement vous expliquer mes choix, vous faciliter la lecture de mes articles…et peut-être vous donner envie de trouver vos propres outils ;-)

(D’ailleurs, certaines options ne sont pas présentées par Isabelle Meurville mais résultent d’une appropriation personnelle du français inclusif.)


1/ les mots épicènes dont l’orthographe ne varie pas entre le masculin et le féminin, seul l’article au singulier « trahit » le genre.

Exemple : un ou une élève.

Le pluriel permet de gommer le genre, exemple : les non-francophones.

Pourquoi ? Parce que les femmes et les hommes se sentent concernées, ainsi que les personnes non binaires, par ces mots épicènes.


2/ l’apocope, c’est-à-dire « l’amputation » d’un mot.

Exemple : « votre prof » au lieu de professeur/professeure, « les expat’ » pour les expatriés et expatriées.

Pourquoi ? Parce que comme pour le mot épicène, c’est la personne qui reçoit le message qui projette le genre ou non. J’aime que ma lectrice ou mon lecteur soit libre. Et puis, c’est dynamique et ça fait très « français parlé ».


3/la double flexion où l’on fait le choix de mentionner le masculin ET le féminin.

Exemple : l’auditeur ou l’auditrice.

Pourquoi ? Parce que je veux que les femmes soient nommées et que mes auditrices sachent que je m’adresse aussi à elles, qu’elles sont concernées par le message.

En plus, d’un point de vue pédagogique, c’est un excellent moyen d’enseigner les terminaisons masculines et féminines et d’apprendre les deux en même temps, ce qui facilite la mémorisation.


4/ Alterner les exemples citant une femme et un homme. C’est déjà une pratique que j’applique dans les exercices que je « fabrique » pour mes cours.

Exemple : « Ta cheffe t’a demandé d’écrire le compte-rendu de la réunion pour informer ton collègue absent de ce qui s’y est dit. »

Pourquoi ? Parce que les femmes représentent la moitié de la population de la planète.


5/ Le point médian (raccourci clavier [Alt+250]).

Exemple : « les expatrié·es », « Ami·e non francophone ».

A partir de maintenant, je vais me limiter : je l’utiliserai uniquement quand il ne s’entend pas oralement, ce qui est le cas de tous les mots masculins terminés par un son voyelle (-é, -i, -u sont très fréquents en français).

Pourquoi ? Je trouve que c’est une solution qui ne coûte pas trop d’effort pour le cerveau à la lecture et qui n’aura pas d’impact à l’oral. Cependant, je veillerai à ne pas trop l’utiliser parce que je suis consciente que les non-francophones et/ou personnes souffrant de dyslexie subiront une double peine.


6/ Le pronom « iel(s) », remplaçant « il(s) » ou « elle(s) », pronom sujet 3ème personne du singulier ou du pluriel. Quand on a placé un mot épicène au pluriel dans la phrase précédente et qu’on veut s’y référer par un pronom.

Exemple : « Les non-francophones font énormément d’efforts pour apprendre le français. Iels méritent tout notre respect ! »

Pourquoi ? Parce qu’il permet de faciliter l’utilisation de mots épicènes et des mots avec point médian.

En plus, je suis curieuse de voir si ce terme sera utilisé dans 10 ou 20 ans alors qu’aujourd’hui il est très critiqué et extrêmement rare ! Mais cela a été le cas quand j’ai commencé à utiliser le mot « autrice » dans la librairie où je travaillais il y a 7 ans (une vie antérieure !), et aujourd’hui le mot est clairement passé dans la langue courante même s’il a ses détracteurs (mot que je conserve intentionnellement au masculin – une autre technique d’écriture !)


Voilà les outils que j’ai choisis, d’autres sont possibles (la reformulation de phrases, le déplacement du sujet, les adverbes etc.) et je vous invite à les découvrir et les pratiquer grâce aux exercices « Ecrire sans Exclure » d’Isabelle Meurville.

Chaque outil répondra à un objectif et une stratégie précise, et il est important de réfléchir aux raisons qui nous poussent à écrire tel ou tel texte de manière inclusive : est-ce que je veux démasculiniser le texte ou rendre les femmes visibles ? Dans le premier cas, je vais peut-être utiliser plus de mots épicènes, dans le second, mobiliser la double flexion.


Personnellement, ces exercices d’entraînement m’ont non seulement permis de découvrir de nouveaux outils, mais aussi d’approfondir ma réflexion féministe et inclusive, tout en questionnant mes objectifs de « prof ».

Et c’est avec une grande fierté que j’affiche et affirme aujourd’hui mes valeurs auprès de mon lectorat et de mon audience, vous les non-francophones à qui j’ai envie de transmettre TOUTES les richesses de ma langue, et pas seulement les codes et règles de grammaire.


Je dois admettre que c’est un peu avec le cœur battant que j’appuie sur le bouton « publier »… ;-)

J’espère que ces articles vous auront intéressé·es et enrichi·es. En tous cas, moi, je n’ai pas perdu mon dimanche après-midi pluvieux…


PS : je consacrerai un épisode de mon podcast "Moi-même en français" à la langue inclusive orale. Stay tuned!

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